Les cosmétiques sont-ils toxiques?

 

Nous utilisons tous les jours, de la naissance jusqu’au dernier jour de notre vie, des produits d’hygiène, de soins, de beauté et des cosmétiques de bonne foi et en toute conscience sans se poser des questions et pour cause : nous les achetons souvent à la pharmacie et nous devrions, n’est-ce pas, être protégés. Qui plus est, il y a des organismes, des gouvernements, des lois et des gens qui sont payés pour que nous soyons en sécurité. Qui s’est déjà demandé le matin en se brossant les dents s’il se faisait du mal? Et pourtant, tous les dentifrices vendus dans les grandes surfaces contiennent du triclosan [1] qui est un perturbateur hormonal. Qui s’est déjà lavé les cheveux en pensant qu’il est en train de tester son système immunitaire? En parallèle avec notre confiance aveugle bon enfant,  depuis une vingtaine d’années, une question n’arrête pas de se poser et ce, de plus en plus souvent : sommes-nous véritablement protégés? Ces produits sont-ils dangereux? Sont-ils nuisibles? Sont-ils nocifs pour notre santé?

La réponse à ces questions est oui, certains ingrédients dans la composition des produits de l’industrie cosmétiques conventionnelle sont toxiques, cancérigènes, allergisants, perturbateurs endocriniens et/ou mutagènes. Il ne s’agit pas d’une opinion, d’un point de vue, d’une interprétation. « La majeure partie des doutes et des accusations sur les composants des cosmétiques découlent du fait qu’on admet enfin que les cosmétiques pénètrent la barrière cutanée lors d’applications régulières». [2] Il existe des centaines d’études et de recherches scientifiques qui apportent des arguments, des évidences, des faits nouveaux dans ce sens et qui corroborent cette grave et alarmante réalité. Voici ce que dit le regretté docteur Schreiber sur son site www.guerir.org  : «  De plus en plus, l’exposition à de faibles doses est considérée comme un facteur suffisant pour que la toxicité soit réellement prise au sérieux et la question de « l’effet cocktail » de ces faibles doses vient s’ajouter aux préoccupations. L’effet cocktail énonce que si une molécule prise isolément peut être partiellement inoffensive, mélangée à une autre, provenant d’une autre source (solvants+phtalates par exemple), elles peuvent alors, en se combinant dans l’organisme, devenir des agents cancérogènes redoutables. La multiplication des sources d’exposition à des molécules chimiques est une réelle source d’inquiétude pour de nombreux scientifiques. On compte actuellement plus de 30 000 molécules chimiques présentes dans le commerce n’ayant passé aucun test de toxicité ». Malgré la présence de cette information de plus en plus fréquente dans les médias et bien que présente sur le marché québécois et canadien, l’industrie de la cosmétique biologique non toxique n’enregistre pas de boum au Québec comme en France ou en Allemagne où il y a un véritable engouement pour des produits plus sains (voir chapitre «  Quelques statistiques  »). Pourquoi sommes-nous en retard? Et surtout : qu’attendons-nous pour changer nos habitudes de consommation?

Depuis que le Règlement sur les cosmétiques oblige les fabricants à afficher les ingrédients sur les étiquettes des produits (2006) l’opinion publique n’arrête pas d’être choquée par des découvertes percutantes quant au contenu des produits d’hygiène et de beauté. Après le bisphénol A, (un perturbateur endocrinien présent dans les plastiques, qui vient d’être banni  en 2010 [3] et qui, pourtant, a longtemps circulé librement), Santé Canada est maintenant en réflexion au sujet du triclosan présent dans les produits d’hygiène buccale comme les dentifrices et les rince bouches. En France, les phtalates et les parabènes sont en ce moment sur la sellette, Yvan Lachaud a proposé une loi visant l’ « Interdiction de la fabrication, de l’importation, de la vente ou de l’offre de produits contenant des phtalates, des parabènes ou des alkyl phénols » [4] .

Les parabènes viennent d’être bannis en Danemark le 9 janvier 2011 dans tous les produits destinés aux enfants.

L’industrie des soins personnels en Amérique du Nord a réalisé des ventes de 20,3 milliards de dollars (CAD) en 2006. Les soins personnels incluent des produits tels que les soins pour bébé, le bain, le maquillage, le parfum, les soins des cheveux, des ongles, les soins buccodentaires, l’hygiène personnelle, les produits de rasage, les soins de la peau et les écrans solaires.

En 2007, les dépenses annuelles moyennes des ménages pour les soins personnels ont été de 1167 $ (CAD) au Canada, soit 1,7% du revenu par ménage. Au Nouveau-Brunswick, les dépenses moyennes des ménages ont été légèrement inférieures,  à 1000 $ (CAD), tandis qu’au Québec, elles ont été de 1089 $ (CAD). L’industrie canadienne des soins personnels a été estimée à environ 5,4 milliards $ (CAD) des ventes au détail en 2008. [5]

Si les femmes sont plus réceptives à ces informations et que les sites web faisant des mises en garde au sujet des substances toxiques présentes dans les produits pour bébés prolifèrent sur Internet, les hommes, en grande majorité, pensent que, vu qu’ils ne teignent pas leurs cheveux et qu’ils n’utilisent pas de rouges à lèvres, ils sont donc hors de danger et pas concernés. Détrompez-vous messieurs! Tant et aussi longtemps que vous utilisez un shampoing, un conditionneur, un savon, un dentifrice, une crème à barbe, une lotion après rasage, un parfum (pour les rendez-vous galants), un déodorant, un petit gel pour les cheveux rebelles, une crème à mains, ma foi! pour les journées froides de l’hiver ainsi qu’un baume à lèvres (mine de rien nous sommes rendus à onze produits pour un consommateur qui n’utilise pas de cosmétiques!), vous absorbez des ingrédients dangereux, peut-être même issus de l’industrie de la pétrochimie.

Une femme utilise en moyenne 5 à 25 produits par jour. Si j’ajoute à la liste des produits masculins fournie plut tôt (je laisse la crème à raser, car beaucoup de femmes se rasent les poils des jambes et j’enlève la lotion après-rasage) un rouge à lèvres, un brillant à lèvres, une crème pour le corps et une pour les yeux, un crayon contour des lèvres et un pour les yeux, un mascara, un fard à paupières, un pour les joues, un fond de teint, un vernis à ongles, une base et un produit pour le séchage, une teinture pour les cheveux, un fixatif et un moussant pour le bain, nous sommes rendus à 26 et je ne suis pas en train d’exagérer. 25 produits quotidiens et le terme « en moyenne » est très approprié. Je ne parle pas de la crème solaire, de la crème répulsive anti-moustiques ou encore des produits autobronzants, car vous allez me dire que l’on s’en sert de façon occasionnelle seulement. En disant 25, je suis loin de la réalité d’une adolescente ou d’une personne, disons, plus portée sur la question. (Lorsque j’ai commencé mon enquête personnelle, j’ai trouvé dans la salle de bains plus de 50 produits et je me considère toujours dans la moyenne parmi les femmes qui se maquillent). En faisant une moyenne de cinq ingrédients par produit (quiconque a regardé les étiquettes des cosmétiques va admettre que le plus souvent il s’agit d’une liste beaucoup plus longue), cela fait 125 ingrédients absorbés par jour et sans aucun effort de notre part. Sur les 125 ingrédients, certains se répètent (les fameux parabènes par exemple, vérifiez vos produits si vous n’êtes pas convaincus) et alors on parle d’accumulation ou de l’effet « cocktail » des ingrédients dangereux pour la santé. Si  nous ne comptons que 5 produits sur 25 (et je suis très clémente) qui contiennent des parabènes (en général, il y a trois parabènes dans chaque crème hydratante), nous avons dépassé 5 fois la limite permise pour chaque fabricant par produit. Et ceci de façon quotidienne et avec des calculs très modérés.

Je ne suis pas une scientifique, je n’ai aucun intérêt personnel dans cette démarche, je ne fais de publicité pour quiconque; je suis une simple citoyenne qui s’est intéressée à la question de la sécurité des cosmétiques suite à une maladie. Voilà ce que moi j’ai pu trouver comme information en peu de temps et avec des moyens très limités. Je  partage avec vous ces ressources pour que vous puissiez vous faire, vous aussi, votre propre idée. Plusieurs livres passant au crible les produits cosmétiques ont été publiés en langue anglaise, ce Guide s’adresse surtout aux lecteurs francophones. Les sources concernant la dangerosité des produits d’hygiène et de beauté retenues ici-bas donnent surtout accès à une information en langue française et, quelquefois,  à des adresses et des documents en anglais. Quand je pense qu’il y plus de 200 langues écrites dans le monde…

Au printemps 2010, La Fondation David Suzuki a invité les Canadiens à tirer leur rideau de douche et à participer à un sondage en ligne sur les ingrédients toxiques contenus dans leurs cosmétiques. On a demandé aux participants de vérifier si les listes d’ingrédients comportaient 12 groupes de produits chimiques – une douzaine d’ingrédients à éviter qui sont liés à des problèmes de santé et d’environnement, dont le cancer, les maladies reproductives, l’asthme et les allergies graves.

Vous pouvez consulter le rapport détaillé sur le site de La Fondation David Suzuki ou le télécharger gratuitement.

Plus de 6 200 personnes ont participé à ce sondage, fournissant des informations sur plus de 12 500 produits de soins personnels. Les résultats sont troublants.

Voici d’abord la liste des 12 ingrédients à éviter .

Vous trouverez des variantes de cette liste sur Internet, plus longues ou plus courtes, mais je vous recommande fortement celle de La Fondation David Suzuki qui établit des corrélations entre ces produits chimiques et leurs conséquences sur notre santé.

1. BHA et BHT

Se retrouvent dans les produits hydratants, le maquillage et d’autres produits. Ils sont suspectés d’interférer avec les fonctions hormonales et d’être cancérigène (BHA). Nocifs pour les poissons et la faune.

2. Les colorants dérivés du goudron de houille

Soyez à l’affut du P-PHENYLENEDIAMINE et des colorants identifiés par « CI » suivi de cinq chiffres. La P-Phénylènediamine est utilisée dans certaines teintures; d’autres couleurs sont employées dans de nombreux produits cosmétiques. Ils pourraient être cancérigènes et contenir des métaux lourds toxiques pour le cerveau. En plus des colorants dérivés du goudron de houille, on a aussi attribué aux pigments caroténoïdes, naturels et inorganiques utilisés dans les cosmétiques un numéro d’indice de couleurs (IC) dans les séries 40800, 75000 et 77000 respectivement.

3. Les ingrédients reliés au DEA

Soyez à l’affut du COCAMIDE DEA et LAURAMIDE DEA. Ils se retrouvent dans les cosmétiques crémeux et moussants tels que les produits hydratants et les shampoings. Ils peuvent réagir avec d’autres substances et former des nitrosamines cancérigènes. Nocifs pour les poissons et la faune.

4. Dibutyl Phthalate

Le phtalate de dibutyle est utilisé comme plastifiant dans les produits pour les ongles. Il est considéré comme toxique pour la reproduction et suspecté d’interférer avec la fonction hormonale. Nocif pour les poissons et la faune.

5. Les libérateurs de formaldéhyde

Soyez à l’affut du DMDM HYDANTOIN, DIAZOLIDINYL UREA, IMIDAZOLIDINYL UREA, METHENAMINE et QUARTERNIUM-15. Ces agents de conservation sont utilisés dans une large gamme de produits cosmétiques. Ils libèrent de façon lente et continue de petites quantités de formaldéhyde, substance cancérigène.

6. Les parabènes

Soyez à l’affut des ingrédients se terminant par « PARABEN ». Ils sont largement utilisés comme agents de conservation. Ils sont considérés comme perturbateurs endocriniens et pourraient interférer avec les fonctions reproductrices mâles.

7. Parfum

Mixture de produits chimiques qui peuvent déclencher des allergies et de l’asthme, certains étant associés au cancer et à l’intoxication des neurones. Nocif pour les poissons et la faune.

8. Les PEG

Utilisés dans certaines bases de crèmes cosmétiques. Ils peuvent contenir du 1.4-dioxane, potentiellement cancérigène (par exemple, le PEG-60).

9. Pétrolatum

Utilisé dans certains produits capillaires pour la brillance et comme barrière hydratante dans des baumes pour lèvres, rouges à lèvres et produits hydratants. Produit pétrochimique pouvant contenir des impuretés cancérigènes.

10. Les siloxanes

Soyez à l’affut des ingrédients se terminant par « SILOXANE » ou « CONE». Ils sont utilisés dans les produits cosmétiques pour assouplir, lisser et humidifier. Le cyclotetrasiloxane est considéré comme perturbateur endocrinien et constitue une substance potentiellement toxique pour la reproduction. Nocifs pour les poissons et la faune.

11. Sodium Laureth Sulfate

Se retrouve dans les produits moussants tels que les shampoings, nettoyants et produits pour le bain. Il peut contenir du 1.4-dioxane, potentiellement cancérigène.

12. Triclosan

Se retrouve dans les produits antibactériens tels que le dentifrice, le savon, les désinfectants pour les mains. Il est suspecté d’interférer avec la fonction hormonale et de contribuer à la bactérie qui résiste aux antibiotiques. Nocif pour les poissons et la faune

Voici en quelques lignes les conclusions du sondage de la Fondation.

  • Près de 80 pour cent des produits signalés contiendraient au moins l’un des douze ingrédients à éviter;
  • Plus de la moitié de tous les produits signalés contiendraient plusieurs des douze ingrédients à éviter;
  • Sur plus de 1 000 produits, la liste d’ingrédients n’était pas clairement indiquée.

Autre constatation tout aussi troublante, les lacunes règlementaires en matière d’étiquetage des ingrédients cosmétiques ont pour effet que la liste des ingrédients est incomplète pour de nombreux produits. Les fabricants n’ont notamment pas l’obligation de divulguer les ingrédients des fragrances sur l’étiquette du produit. En lieu et place, le terme générique « parfum » est indiqué, ce qui représente un mélange mystérieux de dizaines de produits chimiques au bas mot.

Voici le nombre de produits dans lesquels les douze ingrédients à éviter ont été signalés

BHA ou BHT  : 637 (6 %)

Colorants dérivés du goudron de houille  : 1 202 (10 %)

Les ingrédients reliés au DEA  : 702 (6 %)

Phtalate de dibutyle  : 34 (1 %)

Libérateurs de formaldéhyde  : 1 610 (14 %)

Parabènes  : 2 744 (24 %)

Fragrance ou parfum  : 6 469 (56 %)

Les PEG  : 3 193 (28 %)

Pétrolatum  : 957 (8 %)

Siloxanes  : 1 228 (11 %)

Laureth sulfate de sodium  : 2 518 (22 %)

Triclosan  : 149 (1 %)

Aucun des produits susmentionnés dans la liste des ingrédients 2 350 (20 %).

Liste des ingrédients non visibles 1 066 (8 % de tous les produits).

Ces informations sont publiées dans ce Guide de produits d’hygiène, de beauté et des cosmétiques non toxiques avec la permission et l’appui de La Fondation David Suzuki.


[1] ↑ Lire plus dans le chapitre «  Crèmes à mains  »

[2] ↑ Les cosmétiques biologiques à la loupe p.6

[3] ↑ Le BPA  a été banni dans les biberons mais se trouve toujours dans d’autres produits tels que les bouteilles d’eau réutilisables et notamment dans le revêtement  intérieur de boites de conserves en aluminium

[4] ↑ Source http://www.developpementdurable.com/technologie/2011/05/A5962/substances-chimiques-apres-le-bisphenol-a-phtalates-et-parabenes-sont-sur-la-sellette.html

[5] ↑ Source  http://www.wallacemccaininstitute.com/uploads/olivier%20final%20case%20formatted%20mar1%202010.pdf

2 réflexions au sujet de « Les cosmétiques sont-ils toxiques? »

  1. Pourquoi nos gouvernements (députés, sénateurs et j’en passe…) donnent-ils le permis de tuer aux lobbies industriels ???
    Si une personne commet une infraction, elle est punie par la justice.
    Si je comprends bien : pas de justice pour les industriels qui nous empoisonnent sans état d’âme et sans scrupule !!! Pourquoi alors ne continueraient-ils pas à se remplir les poches en nous vidant de notre substances ???

  2. Superbe l’analyse : j’ en connaissais mais là ! épileptique et abimée par médic depuis l’âge de 9 ans : manque de calcium, allergique gluten + colorants E, ai irruption cutané, suis tte déshydratée. Recherche nettoyant visage « naturel » car j’en ai marre d’être exploitée et abimée pour des sous. Ce n’est plus facile aussi bien de se nourrir que de se laver aujourd’hui ! Bonne journée et bon courage

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